Pantin 1874 – 1899 |
5 septembre 1874
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Le sud-est de Pantin, tout à la limite des Lilas et de Romainville, sur le flanc nord d’une butte-témoin, a, comme toutes les communes voisines, ses carrières de gypse.
Sur une surface totale d’environ trente-cinq hectares, tout le haut de la commune est sous-miné par des plâtrières qui furent assez importantes au XIXe
siècle pour être l’une des principales industries de Pantin. Trois étages furent exploités, la première masse sur une hauteur de douze mètres,
la deuxième sur cinq et la troisième sur trois. Afin de profiter du gypse jusqu’au dernier morceau, les carriers, dans la partie sud, après avoir exploité toute la première masse en souterrain, réservant donc des piliers tournés, se sont mis à décaper les morts-terrains de recouvrement et à dépiler, c’est-à-dire à démolir les piliers pour en récupérer la matière. Les déblais de décapage allaient en décharge, et n’ont pas servi à remblayer les vides des galeries inférieures abandonnées, qui au contraire étaient souvent louées à des champignonnistes, industrie presque aussi florissante que la fabrication du plâtre. Le 14 novembre 1871, Michel Rossignol demande à l’inspecteur général des Ponts et chaussées, Alphand, l’autorisation de cultiver des champignons dans les vides de deuxième masse de l’ancienne carrière Bertrand, autorisation accordée le 30 décembre, sous le numéro 9 dans les registres. L’entrée en cavage, au lieudit les Bassins, se trouve vers ce qui est aujourd’hui le 151 ou 153 de la rue du Bois prolongée, la carrière se trouvant environ pour moitié sous l’emprise du cimetière communal. Une deuxième entrée, en puits, existe aussi (à un emplacement indécidable tellement les puits sont nombreux dans cette exploitation), munie de son échelle dite à perroquet, à cause de sa forme (une longue poutre verticale reçoit dans des trous les échelons formés de tourillon de fort diamètre qui y reposent par leur milieu. On accroche ces échelles l’une sous l’autre), entrée surmontée d’une toiture de charpente destinée à la protéger des intempéries. Trois ans passent. Rossignol cultive toujours ses champignons, aidé de quatre ou cinq ouvriers, les uns permanents, les autres temporaires. Les vides, entre-temps, changent de mains et passent à Philippe-Marie Vanier. Ce n’est pas la meilleure affaire qu’il ait faite... Le samedi 5 septembre 1874, Rossignol et trois ouvriers finissent le travail de la matinée. Il est midi, et temps de se restaurer. Le patron, suivi d’un de ses salariés, se dirige vers la sortie, mais malgré son invitation les deux autres préfèrent rester encore quelques minutes afin de finir la tâche entreprise. Mortelle conscience professionnelle ! Il faut quatre à cinq minutes aux deux affamés pour parvenir à la sortie. Ils sont à peine sortis du cavage que, des profondeurs de la carrière, un bruit effrayant que la distance assourdit à peine les cloue au sol, et qu’un puissant souffle projette sur eux un nuage de poussière blanche. Plus haut, la toiture et la charpente de protection du puits sont violemment disloquées et lancées en l’air à plusieurs mètres, avant de s’écraser sans faire de victime. Au jour, en tout cas. Parce que, en bas... Eh bien, en bas, il y a, du moins il y avait, quelques minutes auparavant, Claude Rollais, quarante ans, de Villejuif, présumé célibataire, et un jardinier, temporairement ouvrier champignonniste, François-Alphonse Michon, quarante-six ans et, hélas, père de deux enfants de onze et deux ans. L’alerte est donnée. Rossignol et son ouvrier ont l’appétit coupé. Le maire, le curé, des curieux, des employés de champignonnières voisines accourent. Le conseil des mines, prévenu télégraphiquement, enverra ses plus beaux fleurons : Belgrand, Alphand, Keller, Jourdan et Redon pour diriger les secours. La population, déjà secouée cinq ans auparavant par l’affaire Troppmann (en 1869, le brave Jean-Baptiste Troppmann avait, par amour probablement contrarié pour une mère de famille, Mme Kinck, trucidé la famille Kinck au grand complet : père, mère, enfants), ressent durement cette tragédie. Dans l’obscurité des galeries, où l’on pénètre avec moult précautions au début de l’après-midi, ce n’est pas beau à voir : le toit s’est effondré sur une surface encore indéterminable, mais sûrement très étendue. Pendant l’approche, on trouve çà et là des hottes et des brouettes renversées par le souffle, des outils projetés un peu partout. Et, tout au fond, bouchant les galeries, écrasant les meules, une énorme coulée d’éboulis blancs... Après avoir passé une journée à réfléchir et à organiser les travaux, dont les frais sont garantis par la municipalité jusqu’à concurrence de deux mille francs, les ingénieurs des mines font entamer la recherche le mardi 8 septembre. Les difficultés sont énormes. À proximité de l’effondrement, le recouvrement est très instable et les plus grandes précautions doivent être prises. Le puits atteint au bout de 28 mètres le mur de la galerie, et on entreprend horizontalement une galerie de recherche qui se dirige en théorie vers le dernier emplacement présumé des victimes au moment de la catastrophe. Au bout de trois mètres, rien. Au bout de quatre mètres, rien. Mais des menaces de nouveaux éboulements se précisent de plus en plus. On arrive au 25 septembre, et, entravé par le risque constant d’éboulement, l’avancement de la galerie n’est que de sept mètres ! Toujours rien. Les ingénieurs craignent que les deux ouvriers se soient enfuis aux premiers indices de l’imminence de l’effondrement. Les champignonnistes les connaissaient presque aussi bien que les carriers : des craquements de plus en plus forts, le ciel qui se met subitement à grainer, et c’est le sauve-qui-peut. Mais, si c’est bien ce qu’ils ont fait, et comment le leur reprocher, où se sont-ils dirigés ? Vers le fond, vers la sortie, vers des chambres latérales ? Ou au hasard ? Ou chacun de son côté, en proie à la panique la plus incontrôlable ? Bref, on ne sait pas où ils sont. Le point indiqué par leurs camarades est dépassé, et rien ne permet aux sauveteurs de croire qu’ils vont bientôt voir la fin de leurs efforts, d’autant que l’effrayante instabilité du sol fait courir quotidiennement les plus grands dangers aux travailleurs. Alors, le 26 septembre, trois semaines exactement après la catastrophe, Jourdan, l’ingénieur des mines, avertit le maire qu’il abandonne les travaux. Les ouvriers remontent, le puits est comblé. Chacun rentre chez soi. Michon et Rollais, eux, restent en leur dernier domicile. Un mois plus tard, le 20 octobre, un arrêté préfectoral interdit d’exploitation la champignonnière sinistrée, où surviennent encore de nouveaux éboulements de ciel, sans toutefois avoir l’ampleur de la catastrophe du 5 septembre. Rossignol peut cependant terminer sa dernière récolte, à condition toutefois d’accompagner personnellement ses ouvriers pendant les opérations. Un peu plus tard, Vanier, en tant que propriétaire responsable, se voit réclamer le remboursement des frais de sauvetage avancés par la commune : 2020,71 francs. En revanche, nulle trace, hormis une souscription de 93 francs recueillie le 24 septembre auprès des camarades et des habitants, très touchés par le drame, d’une quelconque pension aux ayants droit du pauvre Michon... |
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18 juillet 1899
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Sous l’ardent soleil du mois de juillet De leurs pauvres mains fouillant les déchets De la ville immense, Les trois chiffonniers, enfants de misère, Pour nourrir l’enfant, pour nourrir la mère Cherchaient leur pitance. La mort a frappé : on entend leurs cris, La terre en s’ouvrant les a engloutis ! Vision d’épouvante ! Un affreux destin nimbé de poussière Les précipita, sourd à leurs prières, Dans l’horrible fente ! (. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .) Sol de la patrie, glorieux et fécond, Pourquoi te changer ainsi en démon ? N’as-tu point assez Du sang de nos fils, morts pendant la guerre ? Te fallait-il donc emmener en terre Les trois chiffonniers ? Ce n’était pas eux qu’il fallait tuer ! Leur âme innocente et bien digne de pitié N’avait rien de faux. D’autres ont mérité cet affreux salaire. S’il te faut du sang, venge la misère : Prend plutôt les gros ! Bleu était le ciel, blanche était la butte Où leur vie n’était qu’une triste lutte. Rouge fut leur sang. Drapeau vénéré, pur comme une lame, Linceul des héros, apaise leurs âmes En les honorant ! (Complainte de l’époque sur l’accident de 1899, transmise par la fille d’un ancien habitant de Bobigny. Air inconnu.) |
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Un des ingénieurs chargés des secours, le contrôleur des mines Vallet, a laissé sur ce dramatique accident un rapport très complet. Moitié par souci de réalisme,
moitié par paresse, je me fais un plaisir de lui donner la parole, en rendant hommage par la même occasion à la clarté et à la précision du texte. Il est retranscrit
fidèlement ci-après, avec ses syntaxe et ponctuation, et complété le cas échéant par des notes en italique dans le texte.
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« Éboulement du 18 Juillet 1899 « Rapport du contrôleur des mines | |
« Description des carrières voisines du cimetière de Pantin « Le gypse ou pierre à plâtre a été exploité depuis 20 années de 1871 à 1891 dans le voisinage du cimetière de Pantin par divers exploitants ; la dernière carrière en activité, celle de Mr Cornu a été abandonnée en 1891. « La coupe ci-contre (voir fig. 1) indique l’importance des masses exploitées : la haute masse ou 1re masse a 12,50 m d’épaisseur, elle est séparée de la 2e masse par diverses couches de gypse et de marnes formant une épaisseur de 6,70 m. « La 2e masse est exploitée sur 4,70 m environ d’épaisseur, elle est séparée de la 3e masse, exploitée sur 2,65 m de hauteur, par un banc de gypse intercalé entre des bancs de marnes formant une épaisseur de 4,15 m. « D’abord exploitée souterrainement la 1re masse a ensuite été reprise à ciel ouvert et il ne restait plus comme vides souterrains lorsque le Sr Cornu abandonna l’exploitation que ceux des second et troisième étages. « Le vide résultant de l’extraction de la 1re masse a été comblé par décharge publique. « Un plan dressé à l’échelle de 1/5000 joint au présent rapport (voir fig. 2) donne la situation et l’étendue des vides souterrains voisins du cimetière. « Au cours des travaux d’extraction les ciels des galeries souterraines sont boisés dans les points dangereux et des fontis ou éboulements se produisent rarement. Mais lorsque les vides de plâtrière sont abandonnés ou occupés par des champignonnistes, ceux-ci trouvant le boisage trop onéreux abandonnent les parties de carrière où les ciels sont menaçants et fatalement par la pourriture des bois de soutènement et les infiltrations d’eau de la surface les ciels s’effritent et tombent, des cloches se produisent qui peu à peu arrivent jusqu’à la surface. « En 1884 un fontis survenu à l’extrémité d’une ancienne galerie de 2e masse vint au jour entraînant 11 tombes au fond de l’excavation, ce fontis avait 20 m de profondeur et un diamètre de 8 m ; il fut en partie vidé par le bas et 5 cercueils, de nombreux débris de tombes et des ossements furent retirés. « Ce fontis a été ensuite comblé par décharge publique après que les abords en eurent été consolidés. « L’accident « Comme il vient d’être dit plus haut, la partie de la carrière Cornu exploitée anciennement à ciel ouvert servait et sert encore de décharge publique. « Dans la matinée du 18 Juillet, le nommé Victor Lebrun garçon surveillant de décharge avait remarqué sur un point trois chiffonniers, qui assemblés autour des détritus que venait d’apporter un tombereau cherchaient des débris utilisables ; vers 10 h 1/2 du matin il entendit subitement des appels, une voix criait « À moi Victor », il se retourna et aperçut une colonne de poussière qui s’élevait à l’endroit où travaillaient peu d’instants auparavant les chiffonniers, il accourut en ce point et vit les terres qui continuaient à s’affaisser formant une excavation dans laquelle les malheureux avaient disparu. « Voyant l’impossibilité de porter secours lui-même aux victimes de l’accident, Victor courut chez Mr le Commissaire de Police de Pantin pour réclamer assistance, ce magistrat envoya immédiatement des agents sur le lieu de l’accident et établit un service d’ordre. « Le portier-consigne du Fort de Romainville, informé qu’un accident venait d’arriver à la décharge voisine, prévint immédiatement le capitaine Lestoquois, commandant du Fort, qui accourut aussitôt avec une équipe de 60 travailleurs. « N’ayant aucun renseignement sur les carrières existant dans cette région, carrières auxquelles semblait pouvoir attribué (sic) le fontis, le capitaine commença par faire dégager les abords de l’excavation puis à l’aide de madriers déposés à 300 m de là il fit commencer les étaiements. « Quelques hommes commencèrent le déblaiement au fond de l’entonnoir qui s’était formé. « Des pompiers de Pantin vinrent spontanément sur ces entrefaites se mettre à la disposition du capitaine et lui prêtèrent un concours efficace. « Guidé par Mr Depers architecte à Pantin et le propriétaire de la champignonnière installée dans une partie de la carrière Cornu, le capitaine descendit explorer les galeries de seconde masse voisines du point où le fontis s’était produit (la 3e masse n’a pas été exploitée dans cette partie de la carrière), un éboulis évidemment récent put être reconnu au droit de piliers correspondant à l’emplacement de l’excavation de surface. Le peu de solidité des ciels de carrière lui fit renoncer à une attaque par le bas en carrière. « Remonté à la surface, il rencontra une 2e équipe de pompiers de Pantin qui vinrent se mettre à sa disposition. « D’accord avec le commissaire de Police le capitaine accepta vers 1 heure les services de puisatiers qui lui furent proposés par Mr Malette Conducteur des Ponts et Chaussées qui était accouru prêter son concours au sauvetage. Les puisatiers reçurent l’ordre d’aller immédiatement chercher leur matériel spécial. « À 3 heures arriva de Paris une équipe de 10 pompiers commandés par un adjudant ; de concert avec les hommes du 113e ils continuèrent le travail commencé ; ils furent renforcés sur la demande de Mr le Secrétaire général de la Préfecture de Police, Laurent, qui avait pris la direction du sauvetage, par un détachement de 20 pompiers commandés par le lieutenant Blanc. « Le travail continua dans les mêmes conditions du début jusqu’à l’arrivée des puisatiers et de leur matériel vers 11 h 1/2. « Concurremment avec les sapeurs et les puisatiers les hommes du 113e sous la direction du capitaine Zimmermann continuèrent de dégager l’orifice de l’excavation rejetant au loin les déblais qui menaçaient de s’écrouler dans l‘excavation. « Mr l’Ingénieur en chef des Mines Walkenaer prévenu par Mr le Préfet de Police venait d’arriver, il prit la direction technique des travaux et fit commencer de suite le forage d’un puits blindé qui fut descendu à une profondeur de 3,70 m au-dessous du bord de l’excavation. « Dans la soirée une crevasse s’étant formée dans les remblais du puits de (sic) Mr l’Ingénieur en chef Walkenaer pour cause de sécurité fit cesser le travail vers minuit. « Journée du 19 Juillet « Le travail fut repris après un repos de 4 heures ; sur des indices relevés au fond du puits (débris de chiffonnage) Mr Walkenaer fit commencer l’ouverture d’une galerie boisée (A du plan des travaux) (voir fig. 3). « Monsieur Wickersheimer Inspecteur général des carrières de la Seine informé le jour de l’accident seulement à 10 heures du soir (par suite d’une erreur de transmission de dépêches) sans aucun détail qu’un fontis était survenu à Pantin, transmit immédiatement cet avis à Mr Vallet Contrôleur des Mines, en l’invitant à se trouver le lendemain matin à Pantin. « Mr Wickersheimer prit la direction des travaux que lui abandonna Mr l’Ingénieur en chef Walkenaer, le soussigné restant auprès de lui pour le seconder dans cette tâche. « Une visite minutieuse des vides de l’ancienne carrière Cornu fut faite par Mr l’Inspecteur général qui organisa une surveillance active autour du fontis dans les vides souterrains. Partageant les avis de Mr Walkenaer et du capitaine Lestoquois Mr Wickersheimer abandonna tout travail d’attaque par la carrière. « La galerie commencée sur l’ordre de Mr Walkenaer dans le premier puits fut continuée. « Vers 11 heures du matin on découvrit le pied d’une des victimes (flèche n° 1) (voir fig. 3) dans la galerie d’avancement à 0,60 m de la paroi du puits n° 1, peu de temps après on découvrit la tête, le cadavre était couché d’une façon bizarre, la jambe tordue de sorte que les ouvriers crurent que la tête et le pied découverts n’appartenaient pas au même individu et qu’on avait enfin trouvé deux des victimes ; quelque temps après le cadavre ayant été mieux dégagé l’erreur fut reconnue. « À 2 h 1/4 on remonta le corps du chiffonnier qui fut transporté à l’hôpital de Pantin. Son identité put être reconnue, il se nommait Gérard, Joseph, était âgé de 60 ans et domicilié 93 route d’Aubervilliers à Pantin, il était marié père de 6 enfants dont le plus jeune a 18 ans. « Les travaux de la première heure exécutés avec le plus grand dévouement et la plus grande activité à l’aide de ce qu’on avait sous la main et dans l’espoir de sauver les victimes avaient été faits hâtivement et ne présentaient qu’une sécurité tout à fait relative. Lorsque la 1re victime eut été retrouvée Mr Wickersheimer, comme il était certain que les victimes n’avaient vécu que quelques instants étouffées qu’elles étaient par le poids de 8 mètres de terres, prit les mesures les plus sévères pour continuer les travaux de manière à assurer la sécurité complète des travailleurs. « Par l’inspection des travaux de boisage exécutés par les ouvriers puisatiers Mr Wickersheimer se rendit compte que ces hommes suffisant pour un travail courant ne présentant aucun danger n’étaient pas de vrais mineurs (un vieux veilleur ne fait pas nécessairement un bon boiseur) et qu’ils n’étaient pas capables de prolonger la galerie en toute sécurité ; les travaux furent continués sans résultat avec beaucoup plus de prudence et une surveillance constante, interrompus à 7 heures du soir ils furent repris le lendemain matin à 6 heures. « Journée du 20 « Des ouvriers choisis parmis (sic) les plus habiles des ateliers municipaux de l’Inspection des Carrières avaient reçu l’ordre de venir en aide aux premiers puisatiers : ils arrivèrent à la première heure le matin du 20 Juillet munis de leurs outils et conduits par deux piqueurs chefs d’ateliers du Service des carrières MM. Geninet et Béatrix. « La matinée du 20 fut entièrement consacrée à la consolidation des boisages du puits et à l’établissement d’un plancher solide. Sous le treuil qui fut déplacé, le boisage du puits fut relié aux charpentes qui venaient d’être établies sous le treuil. Les ouvriers travaillant attachés ne couraient aucun danger et pouvaient être facilement remontés si un mouvement se produisait dans le fontis. « Un ventilateur fut installé au puits n° 1. « Dans l’après-midi du 20 la recherche A du puits n° 1 fut continuée sans résultat. « Un nouveau puits (n° 2 du plan) (voir fig. 3) fut commencé dans l’après-midi afin d’attaquer le fontis par un autre point ; de plus un rameau B partant du puits n° 1 fut ouvert dans une nouvelle direction. « Le soir au moment du départ le puits 2 avait 2,35 m de profondeur, la galerie ancienne A 3,10 m et la galerie B 0,95 d’avancement. « Vers 3 h 1/2 un linge faisant partie des vêtements d’une des victimes a été trouvé dans la galerie A. « À l’aide d’un chemin de fer Decauville prêté par un carrier voisin, les soldats du 113e continuèrent de dégager les abords du fontis. « Journée du 21 Juillet « Les travaux commencés à 6 heures du matin ont été continués avec la plus grande activité pendant la journée entière du 21 sans amener d’autre résultat que la découverte vers 5 heures 1/2 d’un chapeau dans le fond de la recherche A du puits n° 1. « Des renseignements recueillis auprès des parents des malheureux disparus, il résulte que ce chapeau a appartenu au nommé Sarrazin chiffonnier dont on recherche le corps. « Le puits n° 2 avait été approfondi de 1,50 m dans la journée. « Une recherche partant de ce puits avait été dirigée vers celle du puits n° 1. « Un ventilateur fut placé dans ce puits. « La longueur totale des recherches exécutées depuis le commencement des travaux aux puits 1 et 2 était d’environ 10 mètres. « Journée du 22 Juillet « Dans la matinée du 22 Juillet, à la suite du violent orage qui éclata vers 5 h et 1/2 on fut obligé, avant de recommencer à travailler dans les recherches, de vérifier les blindages et de rétablir les toiles destinées à garantir les travailleurs de la surface des ardeurs du soleil et aussi de la pluie ; ces toiles avaient été détachées par le vent. « À 7 heures on découvrit un crochet de chiffonnier au fond de la recherche A du puits n° 1 et une demi-heure après un seau, enfin à 8 heures l’ouvrier Masse découvrit un deuxième cadavre. Le corps occupait dans le retour de gauche de la recherche A du puits 1 (voir le plan) (voir fig. 3) la position marquée par la flèche 2, il était à un niveau inférieur d’environ 0,60 à celui qui avait d’abord été retrouvé. Dégagé après de longs efforts il fut remonté au jour à 10 h 1/2. « Sa famille le reconnut, il se nommait Sarrazin âgé de 35 ans et demeurant rue du Vivier n° 70 à Aubervilliers, il était père de 5 enfants dont l’aîné a 10 ans et le plus jeune 3 ans. « Lorsqu’on eut remonté au jour le corps de l’infortuné Sarrazin, les ouvriers abandonnèrent momentanément la recherche qui fut fortement ventilée et désinfectée. « À 11 heures les travaux allaient être repris au puits n° 1 lorsque l’ouvrier du service des carrières et le sapeur mis en observation dans la carrière au lieu de l’effondrement prévinrent que les blocs de marnes s’étaient détachés à diverses reprises du ciel. « Les puisatiers et soldats travaillant aux puits furent immédiatement retirés et le travail suspendu. « Un service d’ordre fut établi pour interdire l’approche du lieu de l’accident. « Une visite faite en carrière permit de constater qu’en dehors de la chute des marnes détachées du ciel, une assez forte coulée de terres du fontis s’était produite, de plus un pilier de masse voisin déjà lézardé s’était crevassé et menaçait de s’écraser. Il était à craindre que le fontis s’étendît davantage et produisît un nouvel éboulement des terres à la surface. « Des bois de charpente furent réquisitionnés et mis en place aux points menaçants du ciel, de plus un mur de 6,40 m de longueur sur 0,80 m d’épaisseur fut commencé avec les blocs de pierre tombés, cette maçonnerie était destinée à arrêter la coulée des terres du fontis. « Ce travail fut mené avec une diligence très remarquable et fait le plus grand éloge des ouvriers de l’Inspection des carrières et des deux piqueurs chefs d’atelier qui les ont dirigés. « À 4 heures de l’après-midi tout danger immédiat paraissant conjuré, la recherche fut reprise au puits n° 2 après un examen minutieux du boisage et des charpentes soutenant le plancher du treuil. « Mr Wickersheimer décida afin d’éviter le surmenage des ouvriers de cesser tout travail dans la journée du Dimanche 23. « Journée du 23 « Éboulement à la surface « Comme il a été dit plus haut, et ainsi que l’indiquent le plan d’ensemble et la coupe ci-contre (voir fig. 1 et 2), la carrière Cornu s’étend sous une partie d’un terrain d’une superficie de 15 hectares environ, où les vides superficiels produits par l’exploitation de 1re masse sont comblés par décharge publique. « Du cimetière de Pantin au chemin de Ronde du Bois qui limite la décharge près des glacis du Fort de Romainville il existe une différence de niveau de plus de 20 mètres. « Les décharges qui se font près du chemin de Ronde du Bois sont presque entièrement composées de terres très argileuses et tendent toujours à glisser par leur poids dans la direction du cimetière. « La présence d’une couche épaisse de marnes vertes au sommet de la colline, marnes qui forment un niveau géologique imperméable sur lequel coule une nappe abondante qui donne lieu à des sources visibles en plusieurs points du terrain, aide également au mouvement (en délayant les remblais) qui se produit à des époques plus ou moins éloignées suivant l’abondance des apports de terres et aussi celle des pluies. « Dans la nuit du 22 et la matinée du 23 un mouvement des terres de la surface ayant vraisemblablement les causes qui viennent d’être décrites se produisit dans la direction indiquée par les flèches rouges sur le croquis ci-contre (croquis non retrouvé. Les terres ont glissé vers le cimetière dans la direction du nord-ouest). « Mr Wickersheimer informé du fait à 11 h 40 par Mr le Préfet de Police et par Mr le Commissaire de Pantin se rendit immédiatement sur les lieux, il constata que le glissement des terres n’intéressait pas la partie de terrain où s’était produit l’accident du 18 Juillet, voulant néanmoins s’assurer si ce mouvement n’avait pas eu son point de départ ou une répercussion dans les vides souterrains, il descendit en carrière et constata que tout était dans le même état que la veille. « Journée du 24 « Les travaux de recherche par les puits 1 et 2 et les travaux de consolidation en carrière au voisinage du fontis furent repris le 24. « À 11 heures et 1/2 le cadavre (flèche 3) (voir fig. 3) de la 3e victime de l’accident, Merthez Mathias 72 ans célibataire demeurant rue de Montreuil 33 à Pantin fut enfin rencontré par l’ouvrier Garnier dans le retour de gauche de la recherche A du puits 1 à 1,40 m de cette galerie, le cadavre était enfoncé dans le sol de la recherche à un niveau inférieur de 0,60 environ de celui de Sarrazin, il était en décomposition. On fut obligé de désinfecter abondamment, les postes d’ouvriers furent renouvelés de 1/4 d’heure en 1/4 d’heure. À 4 heures du soir on put enfin le remonter au jour. « Ce fut le sous-lieutenant Magnie des pompiers de Pantin qui aidé d’un sapeur descendit dans la recherche et accomplit la triste besogne d’envelopper le corps en décomposition et de l’amarrer au câble du treuil. « Lorsque la dernière victime eut été retirée de l’effondrement on aéra fortement les recherches puis les ouvriers descendirent prendre leurs outils. Les puits furent ensuite abandonnés après que les orifices en eurent été fermés par des planches clouées sur l’extrémité des voliges du blindage. « La tâche du service des mines étant terminée les ouvriers rentrèrent à Paris avec le matériel qu’ils avaient apporté. |
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« Un extrait du plan de la carrière Cornu joint au présent rapport indique la position par rapport aux vides souterrains de l’excavation où se sont engloutis
les malheureux chiffonniers. « Les régions effondrées de la carrière sont hachurées en rouge, c’est la partie ABC (voir fig. 2. Les hachures sur ce plan sont reproduites en noir) du fontis qui a dû causer l’accident du 18 Juillet. « Il y a environ six semaines, un tassement des terres de l’ancien fontis avait déjà formé une excavation dans le sol de la décharge, le vide formé à la surface n’ayant causé aucun accident avait simplement été remblayé par Mr Martin propriétaire de la décharge. « Comme l’indique le plan, l’excavation de surface ne se trouve pas directement au-dessus du dernier fontis de carrière ; ce fait n’a rien de surprenant, la coulée des terres ne se produit pas toujours verticalement, mais parfois d’une façon très oblique. Dans la première visite que Mr l’Inspecteur général des Carrières avait faite dans la carrière avec le soussigné, il avait constaté qu’au point D des débris de poteries avaient coulé jusqu’en carrière ; il est très possible que le nouvel effondrement de carrière ait déterminé un mouvement dans les terres très meubles qui ont servi à remblayer le fontis venu à (sic) jour il y a six semaines et qu’alors une nouvelle excavation peu éloignée de l’ancienne se soit produite. « Il a été impossible de savoir exactement l’emplacement de l’ancienne excavation, le Sr Fleury ouvrier travaillant à la champignonnière installée dans une partie des vides de la carrière affirme qu’elle était voisine de celle du 18 Juillet ; il avait paraît-il depuis quelques jours constaté le mouvement qui se produisait de nouveau en carrière et lundi dernier en avait prévenu le garçon de décharge Victor ; celui-ci habitué à voir ces faits se produire sans accident ne tint pas compte de l’avertissement. « Le soussigné croit nécessaire en terminant ce rapport de signaler qu’une partie de la carrière s’étend sous le cimetière de Pantin (voir le plan). Sous le cimetière les piliers sont écrasés et menacent ruine : consolidation, quelconque étaiement des ciels ou le comblement, ce qui serait encore plus efficace, paraît s’imposer. Faute de faire le nécessaire, un fontis se produirait fatalement à une époque plus ou moins éloignée et pourrait causer des accidents de personne ou tout au moins de grands dommages au cimetière. |
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« Paris le 27 Juillet 1899 « Le Contrôleur des Mines « E. VALLET. » |
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ANALYSE |
Après l'exploitation de la première masse de pseuge en souterrain, parallèlement à celle des « marnes à ciment » sus-jacentes, les piliers tournés
de gypse qui seuls en subsistaient furent à leur tour dépilés à ciel ouvert, l'ensemble ayant initialement totalisé facilement 35 mètres. Puis la fosse a servi
de décharge de terres, les travaux haussmanniens y ayant sans doute contribué largement. Il n'y avait donc plus de galeries dans cette accumulation de matériaux hétérogènes,
alors que la veine de gypse sous-jacente en était encore parcourue. C'est donc dans ces vides de deuxième masse que des fontis se sont développés perçant la planche
intermédiaire puis, soutirant les matériaux de la décharge, sont remontés jusqu'au jour, très souvent en se dévoyant comme le fait remarquer le contrôleur Vallet. La carte de la deuxième masse ajoutée à son étude par cet ingénieur a été recopiée d'après le plan des carrières tel qu'on l'avait dressé bien avant, peut-être rectifié lors de la visite avec l'inspecteur général. Curieusement, le fontis en cause a été daté par les rédacteurs de l'atlas de l'Inspection générale des carrières de « juillet 1895 ». Une coquille, à moins d'une confusion avec un autre fontis ? En effet, M. Vallet précise avoir trouvé des débris (poteries) provenant du remblayage d'un précédent fontis venu au jour six semaines avant, mais peu localisable. Pourtant, six semaines avant juillet 1899 c'est toujours 1899... Et d'ailleurs ce n'était sans doute pas le premier, lesdites poteries n'ayant sûrement pas mis seulement six semaines pour traverser trente mètres de matériaux de remblayage... |
Sources : Archives municipales de Pantin y compris presse. Bulletin de la BSPP Allô 18. Archives et plans IGC. |